Pourquoi ne pas prier chaque soir pour nos amis d’ALEP
Tous les soirs les chrétiens d’Alep prient le chapelet pour la paix, à 18h, heure française.
Joignons-nous à cette prière, pour ceux qui le peuvent, pour implorer ensemble la paix à Alep.
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Ci-dessous, les deux lettres écrites par le Frère George SABE, reçues d’Alep,
Première lettre reçue le 5 Janvier 2026
Bonjour depuis le ciel d’Alep…
Quel ciel es-tu donc, toi qui fais pleuvoir des obus de haine et de destruction ?
Quel ciel es-tu, toi qui nous fais entendre la mélodie de la peur et de la panique ?
Quel ciel es-tu, toi qui isoles les membres d’une même famille et les disperses, les empêchant de se réunir sous un même toit ?
Quel ciel es-tu, toi qui nous ramènes les expériences d’une guerre dont nous tentons de nous élever au-dessus des malheurs, tout en l’appelant encore le ciel du bien ?
Des enfants courent dans les rues de ma ville, menacés par un ciel qui les vise de ses balles, alors qu’on leur a appris que les anges, depuis le ciel, chantent la paix aux habitants de la terre.
Sous quel ciel vivons-nous ? Un ciel aux couleurs de la mort, alors qu’il y a peu, il se parait encore des couleurs de la joie et du bonheur.
Sous quel ciel demeurons-nous ? Un ciel qui répète, de temps à autre, l’horreur de ses retombées : mort, terreur et larmes.
La terre de ma ville est paralysée, car son ciel est prêt à tout instant à rappeler aux enfants de cette terre sa violence, les poussant à s’acharner à émigrer vers une terre dont le ciel serait limpide, pur comme l’amour et l’espoir…
Le fils de ma ville est paralysé lui aussi ; le désespoir s’est infiltré en lui et s’y est installé.
Je n’ai plus le courage de souhaiter de joyeuses fêtes à mes frères à l’approche de Noël…
L’arbre est tombé, ses branches se sont brisées, ses lumières se sont éteintes ; la grotte a perdu son enfant, et sur le visage de sa mère coulent des larmes abondantes…
L’étoile de l’espérance a disparu, les portes se sont fermées, et il ne résonne plus entre les murs de la grotte qu’une seule supplication :
« Assez… assez, assez de sang, ô notre Père qui es aux cieux… »
Deuxième lettre écrite le 8 janvier 2026
Cette lettre, je l’écris de l’enfer de la guerre qui sévit à Alep depuis 4 jours.
Dans notre ville, il y a deux quartiers qui sont sous le contrôle des forces kurdes. Ces deux quartiers sont ACHRAFIEH et CHEIKH MAKSOUD. Dans ces deux quartiers, vivent des centaines de milliers de personnes de toutes ethnies et religions. Les chrétiens d’Alep donnent au quartier de CHEIKH MAKSOUD le nom de JABAL EL SAYDEH (la colline de notre Dame). C’est dans ce quartier que vit une communauté chrétienne très démunie. Et c’est de ce quartier que sont nés Les MARISTES BLEUS.
Ces deux quartiers ont souffert énormément durant la guerre. Le Vendredi Saint de 2013, toute la communauté chrétienne de JABAL EL SAYDEH a dû fuir. A cette occasion, nous avions créé une cellule de crise et nous avions reçu dans notre communauté de Maristes une trentaine de familles qui ont passé 6 mois au sein de nos locaux. Par la suite, nous avons aidé toutes ces familles à louer des appartements loin de leur quartier originaire. Peu à peu, avec l’installation d’une paix précaire, les familles ont repris le chemin de JABAL EL SAYDEH, pour retourner chez eux, quoique le quartier demeurait sous contrôle des kurdes. Nous savions très bien que ce n’était pas la meilleure solution.
Depuis décembre 2024, la situation s’est détériorée entre les forces kurdes et l’armée du gouvernement. Des moments d’accalmie suivis de moments de tensions.
Le 10 mars 2025, est signé à Damas, un accord entre le gouvernement syrien et les responsables de l’autorité kurde. A part la situation des deux quartiers d’Alep, cet accord mettait en place un processus pour normaliser les relations entre les deux parties dans la région du nord-est de la Syrie qui, elle aussi est tenue par les forces kurdes. Cet accord prévoyait un plan qui devait être exécuter avant le 31 décembre 2025. Malheureusement cet accord n’a pas été exécuté.
Depuis plusieurs semaines, des combats éclataient à Alep mais une trêve les arrêtait.
Mais depuis Lundi 5 janvier 2026 et jusqu’au moment où je vous écris cette lettre, les combats se sont intensifiés, causant avant tout un déplacement massif de la population des deux quartiers. Des scènes horribles de personnes qui vaguent sans savoir où se diriger : des enfants, de jeunes, des femmes et des hommes, ne cessent de sortir des deux quartiers. Les tirs d’obus ne s’arrêtent ni de nuit ni de jour. Les quartiers de la ville bordant les lieux de combat sont gravement touchés.
Les écoles et les universités, en pleine saison d’examens semestriels sont fermées sine die. La vie est paralysée. Un couvre-feu réel baigne la ville dans le silence et la peur… Une nuit obscure envahit les cœurs des habitants.
C’est une horreur, comme si 14 ans de guerre, de sanctions et de tremblement de terre ne suffisaient pas. Comme si cette ville est maudite. Comme si les rues d’Alep étaient assoiffées de sang… Comme si l’horreur se multipliait sans fin.
Pourquoi Alep et ses habitants doivent subir un tel sort. Jusqu’à quand ? Quand l’horizon de la paix deviendra-t-il une réalité ? Nous n’avons plus la force de résistance ni de résilience.
Nous avons peur et nous nous questionnons Jusqu’à quand ?
Je partage avec vous ces quelques mots d’un jeune mariste médecin qui, depuis l’hôpital universitaire ou il est stagiaire, me partage ses sentiments :
« Au cœur de l’hôpital universitaire d’Alep… des visages effrayés…Un personnel inquiet, se demandant si la route est praticable pour rentrer chez soi… Des patients épuisés, sans médicaments ni argent… Un exode et un déracinement qui jonchent le chemin de l’arrivée, un froid glacial qui serre ce qui reste des battements d’un cœur fatigué… Et nous continuons à dire : il y a de l’espoir… »
Je vous écris ces mots pour dénoncer les guerres, ses auteurs, ses commanditaires,
J’ai besoin de vous pour dénoncer : Basta, Ça suffit, Kafa…
Nos nerfs ne supportent plus. Nous sommes traumatisés et angoissés.
Prions, invoquons Dieu, Allah…
Donne-nous TA PAIX.
17h26 du jeudi 8 janvier 2026
Georges SABE
Mariste